Histoires de Jazz : De la Louisiane à Chicago et New York

Dans ce nouvel épisode, vous vivrez l'exode des premiers Jazzman vers Chicago et New York. Vous découvrirez le style Néo-Orléanais de King Oliver et rencontrerez Louis Armstrong et Sidney Bechet

 

Titres diffusés :

  • Prince's Band : Too Much Mustard
  • King Oliver and his orchestra : Can I tell You
  • King Oliver and his orchestra : Boogie Woogie
  • Louis Armstrong & King Oliver : Chimes Blues
  • Clarence Williams Blue Five : Mean Blues
  • Louis Armstrong and his Hot Five : Cafe Stomp
clef club James Reese Europe

Présentation de l'orchestre du Clef Club. 1912

Laure Vignaux - 18 Juin 2018

Les années 10… le ragtime s’est évadé des états du sud pour s’établir dans le nord. Un certain Jim Europe a ouvert à NY en 1906 le premier club consacré aux musiques noires, aux folksongs et aux Spirituals (The Clef Club). En 1913, Il enregistrera avec son orchestre le premier disque de ragtime « Too much mustard » chez le label Victor. Nous sommes au tout début de l’exode des musiciens de jazz vers le nord des USA. En 1917 les États-Unis entrent en guerre contre l’Allemagne. Très rapidement, le ministère des armées va faire fermer le quartier de Storyville à la Nouvelle — Orléans. Depuis 20 ans, plus de 200 maisons de passe, cabarets et bar faisaient vivre les musiciens. Cet événement va précipiter leur départ vers les deux cités du jazz Chicago et New York.

Chicago et l'improvisation

Chicago voit arriver les musiciens chassés de la Nouvelle — Orléans au milieu des immigrants noirs partis dans le nord chercher du travail. Le Jazz hurle dans les cabarets de la ville et la loi sur la prohibition va lui donner l’attrait de l’interdit. C’est ainsi que la cité de l’Illinois accueillera les célèbres Jelly Roll Morton, King Oliver ou encore Louis Armstrong. Ceux-là, vont révéler au public les secrets de l’improvisation à trois voix et développer le style « Nouvelle-Orléans ». Nous sommes en 1923 et cette année marque un passage important dans l’histoire du Jazz. Les styles vont évoluer, changer pour passer du jazz primitif de Bolden au Néo-Orléanais d’Oliver.

King Oliver creole jazz band

Le Creole Jazz Band (de gauche à droite : Baby Dodds, Honore Dutrey, King Oliver, Bill Johnson, Louis Armstrong, Johnny Dodds, Lil Hardin), © Getty

King Oliver

King Oliver est un personnage éminemment important dans l’histoire du Jazz. C’est lui qui va structurer l’improvisation collective héritée des fanfares la débarrassant des éclats intempestifs qui rendait le style brouillon. Du côté du rythme, King Oliver va abandonner la mesure à 4/4 pour adopter le c barré. La particularité de cette mesure est qu’elle admet deux accents graves. Ainsi, les joueurs de trombone et de tuba vont tomber sur chaque temps alors que les accents aigus tombent sur les deuxièmes parties du temps. Ils sont joués à la guitare, au banjo ou au piano. En ressort un entrelacement des lignes mélodiques. La clarinette et les cornets vont se balader sur la partie première pendant que le trombone se promène autour des notes principales de l’accord plaçant des glissandos là où bon lui semble. La polyphonie des instruments est installée et donne ce son unique.

Louis Armstrong et King Oliver

Louis Armstrong et King Oliver en 1922

Louis Armstrong et King Oliver

Les disques de King Oliver et de son Original Créole band vont nous transmettre une musique pleine de grands standards tels que Dipper Mouth blues, canal street blues ou encore West End Blues dont Louis Armstrong fera un chef-d’œuvre. Oui Louis Armstrong sera soliste dans l’orchestre de King Oliver de 1922 à 1924. Il a alors 21 ans et débarque au Lincoln Garden de Chicago après avoir traversé le pays sur les riverboats. Depuis ses 17 ans le jeune Armstrong a fait ses gammes dans différents orchestres. Celui de Kid Ory tout d’abord puis dans celui de Fate Marable. Mais c’est avec Oliver que tout son talent se révèlera. Un talent désinvolte, allègre et brillant que l’on découvre dans Chimes Blues.

New York et Sidney Bechet

Si Chicago est mise en avant entre 1917 et 1924 par l’histoire traditionnelle du Jazz, il serait injuste de ne pas parler de New York. Au départ ce sont les musiciens blancs de l’orchestre de La Rocca qui vont tenir s’établir à NY. Mais ceux qui vont réellement donner la réplique aux musiciens de Chicago et à King Oliver sont noirs et originaires de Louisiane ; leurs noms ? Clarence Williams au piano, Buddy Christian au banjo, Thomas Morris à la trompette, Charlie Irvis au trombone et un certain Sidney Bechet au saxophone soprano. Ensemble, ils créent le Clarence Williams Blue Five. Tout comme à Chicago on retrouve dans la musique des New-Yorkais la polyphonie et les mesures en C barré. Cependant l’instrument qui domine l’ensemble est le saxophone soprano de Sydney Bechet. Son interprétation est radicalement novatrice. Elle prend une place telle que les autres instruments semblent jouer en retrait. Le sax de Bechet est lyrique et son vibrato force le respect.

Clarence Williams Blue Five

Clarence Williams Blue Five

Jusqu’aux années 30, le jazz de Chicago et de New York va progressivement s’émanciper. Nous verrons cela ensemble dans le prochain épisode d’Histoires de Jazz.

 

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ALBUMS

Découvrez les albums utilisés dans cet épisode

Satchmo Plays King Oliver (Remastered, Stereo Version)

Paru le 27 octobre 2013 chez BnF Collection.

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Boogie Woogie - King Oliver

Paru le 7 novembre 2015 chez Record Classics

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Sidney Bechet Memorial (Mono Version) - Clarence Williams' Blues Five
Paru le 30 mai 2014 chez BnF Collection.

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